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La participation citoyenne n'active que l’opposition ? Les projets ont besoin d'engagementalité !

Pour une culture de la participation vivante et étendue, avec tous ses effets positifs, il faut construire ce que l’on pourrait appeler une engagementalité (une mentalité de l’engagement) et la développer auprès des citoyens, pour leur donner envie de s'impliquer.


Les administrations et les gouvernements doivent être les porteurs de cet état d’esprit à insuffler. Pour cela, les formats de participation doivent devenir plus légers, interactifs et davantage ludiques, et la communication doit être à la fois complète en terme d'informations et surtout cohérente.


Et c'est justement tout le paradoxe de la participation. Presque tout le monde souhaite cette culture de l’engagement mais presque personne ne s’en empare.


En théorie, presque tous les citoyens veulent être plus impliqués. Et en effet, la politique y répond depuis quelques années. On promet plus de participation citoyenne et on la met en œuvre sur beaucoup de territoires.

Mais aujourd'hui, le paradoxe s'installe. Lorsque les choses concrètes se lancent, que la campagne démarre, que les discussions s'ouvrent, on retrouve les mêmes personnes qui se mobilisent depuis toujours et qui cultivent le cliché du profil de la personne à la retraite qui veut exprimer sa colère.


La réalité n'est bien sûr pas aussi schématique, mais il y a une part de vérité. La participation citoyenne ne parvient que rarement à sortir de sa bulle. Et ce, malgré le souhait général d'une plus grande implication de la part des citoyens.


Il en va de même pour la communication autour d'un projet, qui est le premier niveau de participation. Elle n'arrive tout simplement pas à destination. Elle est noyée dans tous les messages qui assaillent les gens au quotidien.


Ce peu d'intérêt à s'impliquer dans les projets concrets peut s’expliquer par de nombreuses raisons. Et il se trouve que bien souvent, ce n’est pas les citoyens qui portent cette responsabilité. Si nous avons tous en tête des exemples médiocres de communication et de participation, c’est parce qu’il n'est pas rare que la communication ne soit pas pensée pour les citoyens et qu'elle a donc pour conséquence, de ne pas fonctionner.


Si l'on ne communique que par le biais du journal officiel (que presque personne ne lit) et de son propre site web (sur lequel les citoyens ne naviguent que lorsqu'ils ont une demande concrète), il ne faut pas s'étonner du peu d'écho. Les plateformes de réseaux sociaux ne fonctionnent pas toujours non plus. Elles ne sont parfois que l’énième relais des sites officiels des collectivités, et pas toujours de manière avantageuse, les contenus se perdant dans la masse. Si, en plus, on communique en "langage officiel", c'est-à-dire en citant des paragraphes ou des directives, on perd même les citoyens les plus endurcis.


Et les formats de participation peuvent également être dissuasifs. Si les options se résument par exemple à une réunion publique, à des plans distribués ou à la possibilité d'assister aux réunions du conseil, personne ne s'étonnera que seule une petite partie des citoyens ne puisse profiter de ces interactions.


Et en même temps, même un projet bien conçu ne garantit pas un engagement élevé des citoyens. Même si la communication se fait sur de nombreux canaux, que le thème clairement annoncé est séduisant et que la participation est proposée aussi bien en présentiel que par voie digitale, cela ne garantit pas un nombre élevé de participants.


En effet, même si les citoyens savent où et quand ils peuvent participer, cela ne signifie pas pour autant qu'ils le feront. Et cela s’ajoute bien sûr à la culture de la région ou de la ville concernée. Sans compter qu’il est particulièrement difficile de motiver les citoyens qui participent pour la toute première fois.



L'engagementalité change la nature même de la participation citoyenne


Ce qu'il faut pour mobiliser sérieusement les citoyens, c'est de l'engagementalité, c'est-à-dire une culture de l'implication. Il doit être normal de savoir où l'on s'implique, comment s'informer et comment participer. La participation régulière doit devenir une habitude - comme le brossage des dents, le jogging (pour certains) ou la visite annuelle chez le dentiste (espérons-le !).


Comme chaque habitude - qui se doit d’être construite et soutenue -, l'engagement doit se développer. Il faut apprendre à s'informer, à participer et à soutenir. Et il est vrai que ce n’est pas (encore) la norme dans nos sociétés.


Une telle culture a un impact énorme sur la participation citoyenne, dans son ensemble. Car la participation telle que nous la connaissons aujourd'hui a presque toujours une portée négative. Dans les villes avec lesquelles nous discutons, il nous est fréquemment remonté que ce sont majoritairement les opposants au projet en question qui participent. Ceux qui veulent donc l'empêcher. Ils parviennent à s'organiser et à faire de la participation un véritable blocage.


Aujourd'hui, les personnes neutres ou favorables à un projet ont tendance à rester invisibles. Cela pourrait aussi être la raison pour laquelle la participation des citoyens est souvent négligée par l'administration.


Mais lorsqu'il existe une "mentalité d'engagement" dans la ville, lorsqu'il est normal de s'impliquer, les voix neutres et positives se font entendre. Les citoyens deviennent des collaborateurs plutôt que des opposants.


Il ne s'agit pas ici de faire taire les voix critiques. La participation des citoyens doit toujours rester inclusive. Mais il s'agit de porter un regard réaliste sur l'opinion des citoyens et d'adopter une attitude constructive.



L'engagementalité peut améliorer la participation citoyenne pour tous les participants


Construire l'engagementalité, c'est se concentrer sur les répondants. Mais alors comment parvenir à une engagementalité ? Commençons par la mauvaise nouvelle : il faut de la volonté, du temps et de la cohérence. Quelle que soit la manière dont on s'y prend, il n'existe pas de véritable raccourci.


Il existe, certes, différentes démarches pour construire une culture de l'engagement. Mais quelle que soit l'approche choisie, il sera toujours essentiel d'attirer l'attention des citoyens et de les inciter à participer.


L'attention des citoyens est un bien très convoité. Rien que 10 000 messages publicitaires s'abattent tous les jours sur chaque personne, il est difficile de s'en sortir ! Face à la masse d'informations, le thème et l'utilité doivent être immédiatement clairs. La “promotion de la participation citoyenne” doit donc, elle aussi, emprunter de nouvelles voies.


En premier lieu, la participation ne devrait plus être au centre des préoccupations. Car même si nous n'aimons pas l'entendre, les citoyens s'intéressent aux projets qui les concernent, pas à la participation citoyenne dans son ensemble. Le projet doit donc aussi être placé au centre de la communication. Une approche telle que "notre plateforme de participation est maintenant en ligne, découvrez vos projets maintenant !" a peu de chance de fonctionner.


La notion de "projet" doit également être élargie. La transformation d'une école est un projet de niche en termes d'attention. Mais dans le cadre d'un plan directeur pour une ville durable, il peut devenir un best-seller, un sujet de masse.


C'est le cas de la ville de Cobourg en Allemagne par exemple, qui place le "règlement sur l'aménagement des espaces libres" dans le contexte de la "compatibilité avec les jeunes enfants" et montre ainsi comment on peut animer des thèmes de manière attrayante. La ville se fixe un objectif clair (que les infrastructures deviennent compatibles avec les enfants en bas âge) au lieu d'utiliser toujours le même "participer maintenant à".


En effet, les slogans accrocheurs et les messages clés font également partie d'une stratégie visant à attirer l'attention d'un plus grand nombre de personnes sur les projets de participation.


Mais si attirer l'attention est la première étape, il s'agit ensuite de faire en sorte que les personnes participent et s'impliquent. Pour beaucoup, c'est un pas de géant. Les personnes qui ne sont pas déjà très engagées sont facilement découragées par des formats lourds qui demandent beaucoup d'effort.


Il est donc important, surtout si l'on veut atteindre de l’engagement, de permettre aux citoyens d'entrer facilement dans le monde de la participation. Cela signifie qu'une discussion sur le sujet ou un questionnaire de 20 questions n'est pas le moyen le plus approprié, du moins au cours de la phase initiale du projet.


La discussion est importante mais elle n'est pas toujours le format idéal pour initier votre démarche.

Un accès facile signifie une participation simple et rapide. Si vous exigez plus de cinq minutes de la part des citoyens dès le début, vous perdez environ 80% des personnes intéressées. La participation doit donc être brève. Des formats tels qu'un vote, un questionnaire (mais court !) ou un quiz sont donc adaptés, d’autant plus si vous précisez que cela ne prendra pas plus de deux minutes à vos participants.


Cela ne signifie pas que la participation doit toujours être superficielle ! Bien sûr, il vaut la peine d'aller ensuite plus loin sur certains sujets. Et c'est là que la délibération et la discussion sont des formats importants. Mais la clé est de les utiliser de manière très mesurée et en impliquant la communauté, en se demandant par exemple dans quelle mesure les personnes ont envie de participer à une discussion sur un sujet, avant de créer le module en question.


De plus, il y a souvent une marge de progression non seulement dans la participation, mais aussi dans la communication autour du projet. Car pour construire une culture de l'engagement durable, il faut de la cohérence.


Il doit se passer quelque chose pour que les gens restent engagés et cette cohérence fait souvent défaut. La plupart du temps, on communique exclusivement sur les résultats (partiels) du projet. Par conséquent, des semaines, voire des mois, peuvent s'écouler sans qu’aucune actualité autour du projet ne soit partagée. Pour les personnes qui ne sont pas très familières avec la participation citoyenne ou les projets publics, c'est comme si rien ne se passait, elles font donc une croix dessus et n’y reviennent pas.


Il faut donc les informer régulièrement, même très brièvement. Bien sûr, il n'y a pas toujours de résultats, mais ce n'est pas la question. On peut reprendre des histoires autour du thème, - des cas d'autres villes par exemple - ou des informations de fond sur le sujet abordé. Si l’on prend l’exemple d’un projet sur le développement durable, il est pertinent d’expliquer ce que sont les ODD - Objectifs de développement durable - et à quel ODD le projet en question se rapporte.


Le projet peut également être humanisé. Pourquoi ne pas présenter les personnes qui travaillent sur le projet, tant en interne, qu’en dehors de l'administration ? Par exemple avec une brève interview ? On pourrait également mettre en avant les citoyens qui participent activement et leur donner la parole. Et si l'on choisit la voie d'une participation simple et brève, il est plus aisé de disposer rapidement de premières tendances à partager en début, milieu, et fin de concertation, alors communiquons dessus !


Bien sûr, ce type de communication peut être contraignant, car elle nécessite du temps, ce qui est souvent la denrée la plus rare dans les administrations. Mais les formats évoqués ont un grand avantage: beaucoup d'entre eux peuvent être pré-produits. Les contenus ne doivent pas être créés ad hoc, mais peuvent être préparés soit par l'administration elle-même, soit même par un prestataire de services avant le début du projet, et c’est même tout l’intérêt !


Une autre possibilité consiste à donner la parole à des partenaires autour du projet. Par exemple, les ONG, les associations ou les entreprises qui travaillent sur le projet ou bien qui sont intéressées par le projet, pourraient fournir des contenus de communication. Ainsi, même en période de stress, il est toujours possible d'informer et d'activer les citoyens.



L'engagementalité ne s’impose pas du jour au lendemain, mais l'effet peut pourtant être immédiat


Un accès facile et une communication cohérente sont donc les clés de la construction de l'engagementalité. Mais ce qui est sûr, c'est qu'il faut du temps pour que la culture d'une ville change. Et il faut s'y tenir. Rien n'est plus toxique pour un changement de culture que des attentes déçues. C'est pourquoi, cet état d’esprit doit devenir une attitude fondamentale, à la base de la construction des projets, afin de communiquer de façon moderne, à impliquer facilement et de manière ludique.


Soyez-en certain(e)s, cela vaut le coup de se lancer. Tout d'abord, parce que l'objectif d'engagement en vaut la peine. En effet, une société qui fait participer les citoyens leur permet plus de cohésion, de bien-être, de changement de comportement et davantage de confiance envers leur gouvernement.


Ensuite, cela vaut aussi le coup parce que les effets positifs seront démultiplier et réplicables. Les collectivités qui planifient leurs propres projets publics en se plaçant du point de vue de leurs citoyens et qui développent des formats pensés pour eux, verront la propension à participer augmenter. Et pas seulement de la part des opposants, mais surtout de celle des partisans et des profils neutres. Et cela ne peut être que bénéfique pour une collaboration fructueuse.


Si vous souhaitez en savoir plus sur l'engagement et sur notre approche, ou si vous voulez partager votre expérience, contactez-nous : contact@civocracy.org.


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