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La pandémie a numérisé la participation citoyenne, mais avons-nous compris la révolution numérique ?



La pandémie a clairement changé la participation des citoyens. Elle a énormément accéléré la numérisation de la participation. Tant en éliminant la possibilité de réunions en face à face qu'en augmentant la volonté des responsables de prendre des décisions rapides.


La participation citoyenne numérique existait aussi avant le Covid. Mais son développement a été lent. Pour l'essentiel, ce sont les grandes villes, en particulier les municipalités progressistes, et quelques organisations (gouvernementales) qui ont sérieusement proposé des options de participation numérique. La pandémie a changé la donne. Que la participation soit volontaire ou obligatoire, si vous souhaitez être inclusif, vous devez passer au digital. Des formats d’assemblées citoyennes numériques, des enquêtes en ligne et même un conseil citoyen dématérialisé sont alors nés.


La pandémie étant un défi mondial, les conséquences ne se limitent pas à l'Allemagne ou à la France. Une étude récente de l'OCDE confirme l'impression subjective : dans toute l'Europe, les gens participent plus que jamais à la vie numérique.


La pandémie étant - à priori - une situation particulière, l'accent mis sur la participation numérique va s'estomper. Mais l'expérience acquise restera. On peut s'attendre à ce que la participation numérique ressorte grandie grâce à la pandémie. Du moins en termes de diffusion. On ne peut pas toujours en dire autant de la qualité des projets.


Car si l'on examine les formats numériques utilisés, il apparaît clairement que nous devons percevoir la digitalisation différemment.



La participation numérique ne doit pas être la copie digitale de la participation hors ligne


Dans le contexte de la participation numérique des citoyens, il devient évident que, bien que nous utilisions des outils numériques, notre pensée n'est pas encore numérisée. Nous continuons à penser de manière analogique. C'est pourquoi le processus hors ligne habituel est souvent transféré tel quel, dans le monde numérique.


La consultation des citoyens ne peut avoir lieu ? Rencontrons nous sur Zoom.

L'atelier doit-il être annulé ? Nous nous réunirons sur Zoom.

Nous voulons discuter du développement d’un projet ? Programmons un appel sur Zoom.


Tout le monde connaît pourtant les points faibles. L'énergie proverbiale dans la pièce fait défaut. On est vite distrait. C’est bien parce que l'on ne se sent pas observé et que l'on manque de concentration. Il existe même un mot anglais pour désigner ce phénomène : "zoom fatigue". Et c’est un phénomène universel, des citoyens lambdas au premiers ministres.


Les différents fournisseurs de vidéoconférence tentent de remédier à ce problème en proposant de nouvelles fonctions telles que les "salles de repos", mais celles-ci ne résolvent que partiellement le problème.


À cela s'ajoutent souvent des problèmes de configuration ou de connexion. Les phrases les plus courantes dans les vidéoconférences ne sont-elles pas "Vous m'entendez ?", "Ton micro est en sourdine" et "On ne te voit pas !" ?


En outre, le format de la vidéoconférence n'est pas flexible. Ceux qui peuvent s'asseoir devant un ordinateur à l'heure de l'événement peuvent participer. Ceux qui ont d'autres engagements (travail, enfants), en sont de fait sont exclus. Par conséquent, les participants aux vidéoconférences et aux événements hors ligne sont similaires. Cette composition n'est généralement pas diversifiée.


Cela ne signifie pas que les vidéoconférences ne peuvent ou ne doivent pas jouer un rôle dans un processus de participation. Mais il faut veiller à ce qu'une durée maximale ne soit pas dépassée et à ce qu'elles soient accompagnées d'autres formats permettant à tout le monde de pouvoir s'impliquer.


Parce que les questions soulevées sont bien connues, un autre outil numérique est souvent utilisé : le forum de discussion. Il s'agit souvent d'une application où les gens peuvent écrire des messages et où les autres utilisateurs peuvent les commenter ou y réagir via des emoji, par exemple.


Cette forme présente de grands avantages. Elle peut se dérouler de manière asynchrone et n'est donc pas liée à des horaires ou des lieux fixes. On peut associer autant d'informations que l'on veut et les rendre accessibles à tous. On peut travailler simultanément avec du texte, de la vidéo, des images et du son, en fonction du support le plus pertinent.


Les barrières linguistiques peuvent être surmontées grâce à des programmes de traduction, et la PNL peut être utilisée pour aider les participants à s'exprimer.


Souvent, une discussion numérique sur un "forum de discussion" est ouverte à la place d'une réunion de citoyens. Presque toujours, cependant, cette approche ne fonctionne pas.


Une conversation constructive entre plusieurs personnes différentes demande du temps, de l'empathie et de la concentration. C'est déjà assez difficile hors ligne ou en réunion. Mais si vous avez au moins réuni toutes les personnes au même endroit et que vous vous regardez dans les yeux, cela devient un peu plus facile. Un bon modérateur peut alors aider même les voix les plus réticentes à s'exprimer. Et pourtant, assez souvent, cela ne fonctionne pas non plus, dans un format en présentiel.


Dans un forum de discussion, le format est encore plus difficile à mettre en œuvre. Peu de personnes prennent vraiment le temps de se concentrer sur le débat. Nous connaissons tous le résultat : soit la discussion ne démarre pas, soit elle devient rapidement inobjective parce que les gens veulent exprimer leur opinion mais ne s'écoutent pas et ne se parlent pas.


Encore une fois, le problème est le suivant : on numérise un format analogique sans y réfléchir davantage. Bien sûr, un échange dans un forum de discussion peut être utile. Mais pour cela, il faut d'abord savoir si suffisamment de personnes sont intéressées et suffisamment engagées pour utiliser ce format, qui semblent présenter, à l'entrée, des barrières plutôt élevées.



Les communautés numériques ont besoin d'un état d'esprit digital


Si vous voulez être un citoyen numérique, vous devez donc penser de manière numérique. Mais encore ? Cela signifie reconnaître les règles de la numérisation et les utiliser à votre avantage. Et cela inclut une vraie facilité d'accès.


Toute personne qui utilise internet est virtuellement submergée d'offres et d'informations. Le temps que nous sommes prêts à consacrer aux différentes offres est par conséquent très court. Le temps moyen passé sur un site web n'est que de 40 secondes. Cela montre que quiconque construit des obstacles élevés et demande beaucoup de temps dès le départ aura du mal à retenir les utilisateurs. Par conséquent, le début de la participation doit être particulièrement facile. Cela vaut tant pour l'information et la communication que pour la participation.


La bonne nouvelle, c'est que la numérisation joue en notre faveur.


L'information peut être fournie à différents niveaux. Le premier niveau visible peut et doit être aussi bref et clair que possible, tandis que les niveaux suivants garantissent l'exhaustivité de l'information. Aussi trivial que cela puisse paraître, la pratique se présente presque toujours différemment. Si toutes les informations sont fournies sur la première page, alors les citoyens surfent vers une autre page. Si, au lieu de cela, vous vous contentez de décrire brièvement de quoi il s'agit et pourquoi c'est important, vous remarquerez rapidement que l'intérêt pour la communication augmente.


Nous pouvons également compter sur les avantages du monde numérique lorsqu'il s'agit d'engager les gens. Il n'est plus nécessaire de tout faire en même temps. Un exemple concret : nous pouvons désormais créer des questionnaires de trois ou peut-être même d'une seule question. Ce qui aurait été un effort ingérable dans l'ancien monde est maintenant un accélérateur. Le fait de n'avoir qu'une seule question pour les citoyens mobilise beaucoup plus de participants que les 25 questions habituelles sur tous les aspects. Au lieu de cela, nous pouvons utiliser plusieurs questionnaires successifs pour interroger des groupes cibles et des sujets spécifiques et ainsi activer les gens encore et encore.


Un autre avantage du monde numérique est la possibilité de construire une véritable communauté autour d'un sujet. Car si la communication et la participation sont bien mises en œuvre, les gens reviendront. Cela ne doit pas se résumer à une ou deux réunions Zoom. C'est un flux constant d'informations dans les deux sens qui peut renforcer le sentiment de communauté et devenir une alliance autour du projet.


Un changement de paradigme est également nécessaire. La manière de communiquer autour des projets doit changer dans le monde numérique. La simple mise à jour de l'état d'avancement du projet (qui doit également constituer une partie importante de la communication) ne permet pas de construire une communauté. Au contraire, le sujet du projet doit être mis en avant plus largement et par petites étapes. Les personnes derrière le projet peuvent devenir visibles. Des éléments ludiques autour du projet, comme un quiz, peuvent aussi être utilisés pour renforcer de plus en plus la communauté.


Le dernier point, c’est la possibilité, dans l'espace numérique, de mesurer beaucoup plus précisément ce qui fonctionne et ce qui ne fonctionne pas. Cela s'applique à la fois à la communication et à l'engagement. Bien sûr, il est judicieux d'établir un plan au début d'un projet pour savoir quand utiliser tel ou tel format. Mais en outre, nous devons faire preuve d'agilité dans notre approche. Si nous constatons que les citoyens sont manifestement beaucoup plus actifs lors d'un brainstorming que lors d'un vote rapide, cela doit influencer notre planification. Par conséquent, nous devons vérifier s'il est possible d'inclure d'autres formats pour générer des idées. La base de cette démarche est constituée par les données sur ce qui fonctionne et ce qui ne fonctionne pas. Et la bonne nouvelle, c’est que la numérisation nous aide à collecter précisément ces données en temps réel.


Ces quatre domaines - communication échelonnée, participation facile et divertissante, formation d'une communauté et agilité de l'approche - ne sont pas les seuls points qui sont modifiés par la numérisation de la participation citoyenne. Mais ce sont certainement des éléments clés et un bon point de départ pour toutes les réflexions autour de la communication et de l'implication dans les projets publics.



L'avenir est hybride - il combine les formats numériques et analogiques


Un jour viendra où nous retrouverons et reprendrons des formats éprouvés. Et malgré tout notre enthousiasme pour les possibilités de la participation numérique : il en ira de même pour celle-ci. La participation citoyenne purement numérique n'est pas la solution parfaite.


Après tout, c'est précisément lorsque vous profitez des atouts de la numérisation que vous négligez les atouts de la participation hors ligne. Il s'agit notamment de points tels que l'énergie dans la pièce, le travail ad hoc en petits groupes, la possibilité de se concentrer plus facilement sur un sujet particulier et les moyens simplifiés d'établir la confiance entre les participants.


En outre, le fait que les citoyens participent de manière plus numérique ou plus analogique est également une question de préférence et d'opportunité. Ainsi, la véritable diversité ne peut être atteinte que par le biais de la combinaison du online et du hors ligne.


La réunion hors ligne reste un outil difficile à remplacer et elle doit continuer à faire partie des outils de communication et d'engagement.


Une chose est sûre, cependant : l'avenir est de plus en plus numérique. Sans l'état d'esprit numérique et l'expérience de la communication et de l'engagement numérique, cela ne fonctionnera pas. Et les défis de notre époque, en premier lieu le changement climatique, nécessitent des alliances sociales pour être surmontés.


Il est donc temps de couper les vieux liens et de s'aventurer sur un nouveau terrain. De chercher sérieusement une nouvelle façon de communiquer et de s'engager, d'expérimenter, d'être audacieux et de remettre les choses en question.


Si vous avez besoin d'aide à ce sujet ou si vous avez des idées sur la manière de penser numériquement la communication et l'engagement dans l'espace numérique, contactez-nous, à contact@civocracy.org.

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